La forêt est épaisse et l’expédition avance péniblement sur une piste impraticable.Ils sont partis pour
découvrir la vie dans les limites de la réserve,les coutumes des tribus pangéennes, leur démographie, leur état sanitaire ainsi que la faune et la flore dans cette partie inexplorée de ce
continent de Pangée nouvellement découvert. La chaleur est difficile à supporter. Laura est assise à l’arrière du véhicule tout terrain, elle est balancée d’avant en arrière et quelquefois,
elle heurte son compatriote le colonel Granville qui a combattu les sauvages pangéens dans une guerre colonisatrice atroce. Les Occidentaux ont vaincu . Et après une période durant laquelle
l’esclavage a anéanti toute la grandeur du peuple conquis, les paysans de Pangée, très pauvres mais devenus citoyens ont fini par perdre leur héritage culturel. Le professeur Michel,
ethnologue et organisateur de l’expédition, a réuni pour la première fois une équipe de scientifiques chargée d’explorer les parties des terres restées vierges de toute contamination par la
civilisation occidentale. Mais l’équipe de chercheurs doit rester prudente et ne pas s’aventurer au-delà des limites de la réserve. La réserve c’est la bande de terre sur laquelle l’armée
colonisatrice occidentale a stoppé sa pénétration pour diverses raisons. La raison officielle c’est qu’au-delà de cette limite, le territoire est sans richesses à conquérir, dans ces lieux
il n’y a que marais, jungle puis plus loin des sommets montagneux inaccessibles et enfin, le désert aride et les tornades violentes. Mais une autre raison est qu’il existe des résistants
très puissants. Un peuple de guerriers que l’armée occidentale a renoncé à combattre tant la cruauté avec laquelle ils faisaient la guerre était grande, et leur connaissance de leur
territoire ainsi que leur adaptation parfaite à la nature de ce pays hostile les rendaient invulnérables malgré la technologie de leurs adversaires.(Illustration : carte de la Pangée).
L’équipe de chercheurs tout en allant à la rencontre de sauvages pacifiés doit absolument éviter une rencontre avec les guerriers qui sont incontrôlables et imprévisibles. Laura regarde le
paysage boueux et couvert de lianes. Par moments leur véhicule s’enlise et tous doivent descendre pour le pousser. Laura parle au botaniste de l’équipe un dénommé Edward : « - Que regardez
vous ? - C’est une variété de plante que je connais mais celle-ci semble différente. Je prends des échantillons que j’analyserai au labo. La flore est par ici surprenante et il n’est pas
impossible qu’en l’étudiant plus attentivement on en tire des enseignements médicinaux. - Savez-vous que des maladies orphelines ont trouvé leurs remèdes dans des potions élaborées par des
paysans pangéens qui utilisent des plantes qui nous étaient inconnues ? - Oui mais ce n’est rien en comparaison de ce qui nous reste à découvrir. J’ai bon espoir de rencontrer de nouvelles
préparations de ce genre dans le village de Gaya que nous nous sommes proposés de visiter. J’imagine que vous Bonington en bon sociologue ethnologue et pangéanologue ainsi que vous Laura,
trouverez dans ce village de quoi affiner vos théories en ce qui concerne l’étude de la complexité de ce peuple que l’on qualifiait de sauvage il n’y a encore pas si longtemps. - Moi
Bonington je pense qu’en effet, les pangéens sont un excellent sujet d’étude pour notre science. Mais peut-être serions-nous aussi intéressants qu’eux à étudier nous qui affrontons une
armée de moustiques, des marécages infâmes au péril même de notre vie pour aller satisfaire notre imaginaire d’individus civilisés chez un peuple qui, après avoir été proclamé le plus primitif de
tous, devient le plus mystérieux. On pourrait s’étonner à juste titre de ce sentiment d’ambivalence qui nous frappe toujours lorsque nous nous retrouvons face à l’inconnu. - Avouez , mon
cher Bonington que vous seriez ravi de rencontrer un de ces guerriers qui ont totalement déstabilisé notre armée et qui sont actuellement notre plus grande source de fantasme sur le plan
cinématographique. - Disons que cela serait vrai si j’étais une femme comme Laura et qu’au lieu de risquer ma tête, je serais acculturée et je deviendrais l’épouse d’un grand guerrier. Cela
me fascinerait de me retrouver prisonnière et soumise à un de ces monstres de deux mètres qui tuent de sang-froid et dont on ignore tout mais que l’on sait être d’assez fins stratèges et
posséder un raffinement extrême dans l’art de la torture. J’ose imaginer que leur érotisme pourrait ne pas me laisser indifférent. Et vous Laura qu’en pensez-vous ? » Laura a souvent médité
sur ce sujet. Pourquoi dès son plus jeune âge avait elle été attirée par ce peuple et pourquoi avait-elle consacré toute sa vie à connaître et à découvrir les moindres détails des rites,
coutumes et traditions de ce peuple avec lequel, finalement, elle n’a aucun point commun ? Souvent elle s’imagine à la place de l’héroïne, l’infirmière enlevée pendant la guerre par les guerriers
terrifiants et qui feraient d’elle une femme pangéenne. Elle rencontrerait un homme qu’elle aimerait et pour lequel elle ferait tout, elle se soumettrait totalement et volontairement à lui,
et elle lui abandonnerait tout ce qu’elle a. Puis cet homme mourrait à la guerre, remplacé par un autre, jusqu’à une nouvelle rencontre encore plus forte que la première. Cet homme idéal
pangéen qu’elle cherche depuis toujours, qui la connaîtrait mieux qu’elle-même reste inaccessible. Tous les hommes qu’elle a rencontrés jusqu'à présent n’ont rien de comparable à ceux de
ses fantasmes. Et parfois elle a peur d’imaginer une rencontre réelle avec un guerrier qu’elle sait qu’elle sera d’avance décevante. Laura sait que tout se passe dans son esprit, et
finalement elle se concentre sur sa science, bien ancrée dans la réalité et toute sa vie érotique est accrochée à ses rêves qui restent des rêves. Un espoir infime lui laisse croire qu’une
réalisation de ses fantasmes reste possible. L’espoir de trouver un point de rencontre qui rassemblerait sans heurt les deux parties opposées de sa personnalité. Laura rêve d’une harmonie
possible où science et fantasmes, rêves et réalité seraient réunis. Il pleut et le véhicule avance avec toujours plus de peine sur une piste inondée. Le village à atteindre est encore très
loin et d’après le guide, la piste traverse par endroits des sables mouvants. Le moindre écart du véhicule serait fatal. C’est un lieu où toute technologie devient impuissante face aux
forces de la nature. C’est un lieu ou les guerriers pangéens, armés de sabres, ont tenu tête, par leur adaptation exceptionnelle à la nature, par leurs facultés de stratège, par la terreur
qu’ils répandaient chez leurs ennemis, à la grande puissance occidentale.Les chars les plus perfectionnés s’enlisaient dans le dédale marécageux dont seuls les pangéens connaissaient les
passages. La piste que suit la voiture des chercheurs est le seul lien qui leur reste avec une forme très limitée de civilisation. Mais bientôt la voiture s’arrête. « - La rivière a débordé,
le pont a été emporté, impossible de traverser. Après des journées de voyage, voilà nos efforts réduits à néant, impossible de joindre Gaya. » s’exclame le professeur Michel devant un
torrent. (suite: http://sankerr.over-blog.com).
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